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Musique classique et opéra par Classissima

Antonín Dvorák

dimanche 24 septembre 2017


La lettre du musicien (Comptes rendus)

12 septembre

Des Américains à Paris... l'Orchestre de Cincinnati ouvre la saison de la Seine musicale

La lettre du musicien (Comptes rendus)C’est le Cincinnati Symphony Orchestra qui a donné le coup d’envoi de la première saison programmée par Insula Orchestra dans la superbe acoustique du nouvel auditorium de l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt, où la phalange de Laurence Equilbey est en résidence.Deux soirées consécutives ont mis en valeur les grandes qualités de l’orchestre américain fondé en 1895, et dont de grands chefs et directeurs musicaux ont façonné le caractère et les traditions – Stokowski, Ysaÿe, Reiner, Goossens, Gielen... Le premier programme mêlait à des pages de Bernstein (suite symphonique Sur les quais” et de Copland (A Lincoln Portrait), la Symphonie n° 5 de Tchaïkovski. Saluons la narration particulièrement émouvante de Lambert Wilson qui, dans l’œuvre de Copland a rendu (en français) toute la solennité du texte (des extraits de discours de Lincoln), parfaitement rythmée avec les interventions de l’orchestre. Le lendemain, et à la surprise générale, c’est une page hors programme, un bis si l’on peut dire, qui a ouvert le concert : Short Ride in Fast Machine de John Adams (1986), brillamment rendu avec un élan époustouflant. Ensuite, le programme prévu réunissait la création mondiale d’une nouvelle édition critique d’Un Américain à Paris, avec notamment l’orchestration originale de Gershwin, et la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak. Pour terminer, en bis (post-concert cette fois-ci), l’Ouverture de Candide de Bernstein, bien relevée et jouée avec éclat. Le tout sous la direction sobre et élégante de Louis Langrée, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Cincinnati depuis 2013. (8 et 9 septembre)

MusicaBohemica

19 août

La maison de John J. Kovarik, "Foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák

La maison de John J. Kovarik"Foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák Un article de Steven A. Klimesh présenté le 27 juin 2003 à la Conférence d'Amérique du NordDe la Société Tchèque et Slovaque pour les Arts et les Sciences Cedar Rapids, Iowa Sujet de la conférence – "La présence tchèque et slovaque en Amérique du Nord" La "vieille école", le presbytère et l’église St Wenceslaus - vers 1885 IntroductionOh, si seulement ces murs pouvaient parler ! Ils nous transporteraient 130 ans dans le passé, loin des conversations routinières. Ils nous feraient entendre les rumeurs éthérées de l'âme d'un maître et laisseraient entrevoir une part du génie d'Antonín Dvořák. Ils nous raconteraient des histoires exaltantes d'une communauté aux valeurs centrées sur Dieu, l'éducation, l'autosuffisance et le labeur acharné ; des histoires d'une population vivant modestement – sinon dans la pauvreté : les hommes qui vinrent s'installer à Spillville, dans l'Iowa, ne possédaient guère que leurs mains nues pour servir leur volonté de défier le front pionnier de l'Iowa. Ils exprimeraient l'essence de cet esprit empreint de vaillance des premiers colons tchèques d'Amérique du Nord et de Spillville. Et combien de ces histoires plaisantes sur les enfants du pays pourrions-nous découvrir, en attendant qu'ils deviennent des adultes pleins de vie. Oh, si seulement ces murs pouvaient parler ! Si seulement ils pouvaient nous confier ce qu'ils ont vu ! Agrandissement de la "vieille école" de 1870 réalisé à partir de la photo d'ensemble des années 1885 Voici une histoire sur une école paroissiale, construite en 1870, son passé, son présent et son futur incertain. C'est l'histoire de plusieurs citoyens de Spillville étroitement liés à ce bâtiment pour y avoir vécu ou travaillé, ou de simples visiteurs. Quelques mots en préambule sur la position des Tchèques sur l'éducation, avant la construction de l'école en 1870. Tout paysans qu'ils étaient, les pionniers tchèques avaient un taux d'alphabétisation assez élevé et il reconnaissaient l'importance de l'instruction. Parmi tous les peuples originaires des terres dominées par les Habsbourg, celui de Bohême offrait le plus faible taux d'illettrés et le plus fort d'ouvriers qualifiés. Les Tchèques étaient habitués à envoyer leurs enfants à l'école et, dès qu'ils furent installés, ils établirent des écoles. La maison de Bouska, vers 1860 En 1849, un Allemand, Joseph Spielman, fut le premier à s'installer à cet endroit de l'Iowa qui deviendrait plus tard Spillville. La première vague de pionniers tchèques commença en 1854. Dès le tout début, la communauté tchèque fut heureuse que l'un des leurs, Martin Bouska, fût un instituteur. Les cours avaient lieu dans sa maison, dans une pièce qui servait de réserve, à partir de la mi-1850. Les classes étaient données en tchèque, la langue maternelle des enfants. Les écoliers apprirent à écrire sur des morceaux d'ardoise. La classe n'était pas chauffée. Son sol était sale. Des bûches servaient de bancs. Il n'y avait ni papier ni tableau noir. Bouska enseigna jusqu'à son départ en 1866. Puis, pour les trois années qui suivirent, les enfants tchèques de Spillville dépendraient des écoles publiques "campagnardes" pour leur éducation. La maison de Bouska et "la première école" de Spillville sont toujours visibles grâce au musée Bily Clocks. A mesure que s'accroissait le nombre de pionniers allemands, tchèques, suisses, norvégiens, etc., on construisait des écoles publiques "campagnardes" dans la commune. Chaque canton était considéré comme une zone scolaire. Le financement provenait en partie de la vente ou de la location de la seizième section de chacun des cantons, portion de terrain dédiée à des fins scolaires par le Congrès. La première école "campagnarde" de Spillville fut bâtie sur une parcelle de 50 pieds de côté en 1862. Dans les écoles publiques, les classes étaient en anglais, une langue que les pionniers tchèques n'avaient pas encore apprise. L'école fut en service pendant environ 12 ans, pour être remplacée en 1873 par un établissement plus grand. L'école fut agrandie en 1885. Une nouvelle école publique fut construite en 1903. En 1870, les paroissiens de St Wenceslaus édifièrent la première école paroissiale de la communauté, l'objet principal de cet article. Ce bâtiment devait être construit sur une partie des dix acres de terrain cédées à la paroisse par Roman Expelier et sa femme en décembre 1859. Les paroissiens allaient construire deux autres écoles paroissiales sur ce terrain, l'une en 1900, démolie en 1954, et l'autre en 1953. A présent, l'histoire de l'école paroissiale de 1870 peut commencer.De 1868 à 1893 – John Joseph (J. J.) KovarikComme mentionné plus haut, au départ de Matin Bouska en 1866, l'éducation des enfants de Spillville de langue tchèque fut assurée par des écoles publiques. En avril 1868 un cursus éducatif plus "satisfaisant" pour les citoyens et enfants tchèques catholiques se présenta quand un jeune homme de 18 ans nommé John J. Kovarik acheva ici son voyage commencé à Vsetec, en Bohême. Il se dédia aussitôt à la vie paroissiale St Wenceslaus, devenant l'organiste de l'église et professeur à l'école paroissiale. Il devait rester le professeur de la paroisse pour presque un quart de siècle. J. J. Kovarik s'installa avec ses parents dans une ferme à environ deux miles à l'ouest de Spillville. Parce que la paroisse n'avait pas d'école construite en 1868, les cours furent d'abord donnés au presbytère de la paroisse. L'espace disponible posait un souci, et c'est ainsi que pendant l'hiver 1869-1870, Kovarik enseigna aux enfants dans une pièce située au-dessus d'un saloon appartenant à Thomas Dvorak. En 1870, John épousa Elizabeth Riha. Cette même année fut érigée une importante école de la paroisse. Il y avait une grande salle de classe au rez-de-chaussée, et le reste de l'immeuble était utilisé comme pièces à vivre par les Kovarik. Le couple devait avoir sept enfants, dont six survécurent à l'enfance. L'aîné, Joseph John Kovarik, né en 1871, devait plus tard jouer un rôle actif dans la visite d'Antonín Dvořák à Spillville. La famille de J. J. Kovarik - A l'arrière, de gauche à droite : Joseph, Cecilia, John, Elizabeth Au premier rang, de gauche à droite : J. J., Frank, Anna Riha Kovarik, Anna En tant que professeur, M. Kovarik avait l'avantage sur ses contemporains des écoles de cantons d'être capable d'enseigner dans les trois langues parlées par ses élèves : tchèque, allemand et anglais. Dans une lettre datée du 3 décembre 1871, la fille de J. J., Anna Mary Kovarik, écrivait :Dans ses notes, papa indique que le nombre moyen d'élèves dans l'école était de 60 et, pendant la saison hivernale (note : quand les enfants n'étaient pas requis par le travail de plantation ou de vendanges dans les fermes), ce total atteignait 110. Avec cela à l'esprit, et sachant que l'âge des enfants variait de 6 à 12 et même plus, et que l'enseignement devait se faire en trois langues, l'anglais, le tchèque et l'allemand, on se rend compte quelle immense tâche cela représentait… Le programme était réduit à l'essentiel, mais les enfants progressaient difficilement. Kovarik travaillait dur pour donner à ses élèves davantage qu'une éducation sommaire, si bien que l'on dénombre parmi ses étudiants plusieurs personnalités d'exception, vouées à occuper des positions importantes. Notons parmi les plus célèbres :Le Très Révérend Prokopius Neuzil : il devint enseignant, prêtre puis fonda, à l'âge de 26 ans, St Prokopius College à Lisle dans l'Illinois. Plus tard il contribua à la création de la Benedictine Abbey Press. Il officia également comme abbé à cet endroit.Dr. Alois F. Kovarik : il continua ses études jusqu'à devenir titulaire d'un doctorat en physique à l'Université du Minnesota. Plus tard il devint professeur de physique nucléaire à l'Université de Yale. Pendant la première guerre mondiale, il fut membre d'une importante commission du gouvernement fédéral chargée d'inventer des parades contre les sous-marins allemands. Dr Kovarik participa aussi au Manhattan Project pendant la seconde guerre mondiale. Le résultat significatif de ce projet fut la bombe atomique.James S. Mikeh devint auteur et théologien, enseignant à Yale et Harvard. Photo de classe vers 1890 - 75 élèves peuvent être dénombrésEn 1893, J. J. Kovarik abandonna son poste d'enseignant pour pouvoir consacrer plus de temps à la musique. Il déménagea en 1899 à New Prague, dans le Minnesota, où il continua sa carrière musicale en tant que professeur de musique, chef d'orchestre et chef de chœur. J. J. Kovarik mourut en 1939 à 89 ans à New Prague. Dans un article écrit et publié peu de temps après la disparition de Kovarik par un journal de cette ville, Frances Boardman déclara que Kovarik… laisse derrière lui le résultat immortel d'une influence sans commune mesure bonne, honnête, sage et aimable. Parmi ses enfants, petits-enfants et autres parents, figurent des noms importants pour le monde de la musique et de la science américaines.De 1871 à 1894 – Joseph John KovarikUn des plus remarquables élèves de John J. Kovarik était son propre fils Joseph. Le premier amour de John était la musique, qu'il prenait grand soin d'enseigner à sa famille. Avec les bases solides inculquées par son père, Joseph devint à 13 ans élève de l'école de musique de Milwaukee, dans le Wisconsin. Et, à 18 ans, il commença ses études au Conservatoire de Musique de Prague, en Bohême. Joseph devait rester membre de l'orchestre Philharmonique de New York pendant 41 années. Il fut aussi professeur de violon et d'alto au National Conservatory of Music de New York et au New York College of Music. Le chef d'orchestre Vasili Safanov déclara que Josef Kovarik était le meilleur altiste qu'il ait jamais entendu. Sans le moindre doute, l'un des plus importants aspects de la vie de Joseph fut sa relation avec Antonín Dvořák. La rencontre eut lieu quand le jeune homme étudiait au Conservatoire de Prague. Il devait devenir un ami proche et un compagnon du compositeur. Tout s'est décidé un jour de 1892, alors que Kovarik lisait un journal américain dans une boutique musicale de Prague. Dvořák entra dans le magasin et, voyant la scène, demanda à Kovarik s'il était Américain. Quand il apprit que c'était le cas, le futur directeur du New York Conservatory of Music lui demanda s'il accepterait de l'accompagner en Amérique. Kovarik donna son accord et devait ainsi devenir un ami proche de Dvořák, son compagnon de voyage et son secrétaire personnel américain. Dvořák, voyageant avec plusieurs membres de sa famille et Joseph Kovarik, arriva à New York le 28 septembre 1892, jour de la saint Venceslas. Pendant les mois qui suivirent, Dvořák, en bon "gentleman farmer", fut pris de nostalgie. Il avait prévu de passer les quatre mois de vacances à Vysoká, en Bohême ; mais, fasciné par les descriptions exaltées de Spillville, de l'Iowa et de ses habitants que lui faisait Kovarik, le compositeur changea d'avis et commença les préparatifs pour passer l'été 1893 à Spillville. La perspective ravissait Kovarik qui n'avait plus vu sa famille depuis cinq années. Dans son livre THEY CAME TO THIS PLACE, Cyril Klimesh écrit que Dvořák arriva à Spillville le 5 juin 1893 etau premier matin dans le village, Dvořák se leva aux aurores, parcourant de long en large les chemins alentours. Un peu plus tard, quand la mère de Kovarik … aperçut le Maître à 5 heures du matin, allant et venant devant l'école, elle eut grand peur et pensa qu'un malheur avait dû se produire, ce à quoi le Maître répondit : "oh, rien de bien particulier – et pourtant, il y a de quoi se réjouir. Pensez donc, je me suis baladé par là dans les bois au long de la rivière, et voilà qu'après huit mois j'ai de nouveau entendu le chant des oiseaux ! Les oiseaux d'ici sont différents des nôtres, ils ont des couleurs plus vives et leur chant est différent aussi. Maintenant, je vais prendre mon petit-déjeuner, puis je visiterai de nouveau cet endroit."Le passage ci-dessus laisse supposer qu'Antonín Dvořák n'habitait pas dans la maison de J. J. Kovarik. Certains anciens de Spillville soutiennent cependant qu'il passa bien ses premières nuits ici après son arrivée. Ce qui reste assuré cependant est qu'Antonín Dvořák passa beaucoup d'heures chez les Kovarik. Il est aussi certain que Dvořák composa deux œuvres majeures à Spillville : l'opus 96 ou Quatuor en fa majeur, que Dvořák lui-même appelait affectueusement "Spillville Quartet", commencé et terminé en juin 1893, et l'opus 97 ou Quintette en mi bémol majeur, une oeuvre qui reflète des mélodies indiennes, achevé le 1er août 1893. Il est également certain que les premières exécutions des opus 96 et 97 eurent lieu chez Kovarik, à l'école paroissiale de 1870. Pour jouer ces premiers "concerts" l'on fit appel à plusieurs membres de la famille Kovarik autour de Dvořák lui-même. Le plus probable est que les premières auditions eurent lieu dans la classe d'école, parce que cette pièce servait à l'occasion de lieu de réunion pour la communauté. C'est ici que Joseph John faisait sans doute répéter fanfares et chorales, et accompagner par des chants des festivités saisonnières. Au sujet des opus 96 et 97, Cyril Klimesh, dans son livre THEY CAME TO THIS PLACE, déclare : Dès que ces œuvres furent achevées, Dvořák demanda à la famille Kovarik de les jouer avec lui. Joseph Kovarik écrivit : "toute la famille était mobilisée à cette fin. Dvořák joua le premier violon, mon père le second, ma sœur l'alto et moi le violoncelle. Nous y sommes allés à plein régime. Ce n'était pas facile, mais on y est arrivé. Et pour le quintette à cordes, mon frère (John) vint de Chicago. Nous nous sentions glorieux de jouer ces pages de musique de chambre de Dvořák, et lui-même put les écouter immédiatement après les avoir composées. Toutes la famille était ravie, même si cela nous coûtait bien des efforts. Notre maison résonnait aux sons de la musique de Dvořák".L'influence de Spillville et de ses environs sur Dvořák est abondamment documentée, et souvent en des termes corrects. Qui peut dire comment ces événements de l'histoire de la musique auraient tourné si Joseph n'avait pas rencontré Antonín Dvořák pour lui faire découvrir Spillville ? Joseph Kovarik mourut en 1951. De 1893 à 1976 – Autres enseignants dignes d'intérêt et les Nonnes EnseignantesEn 1893, le Père Thomas Bily obtint les services des Sœurs de St Benedict de Lisle, dans l'Illinois. Les Sœurs allaient instruire l'école paroissiale jusqu'en 1898. Pour les deux années suivantes les étudiants furent instruits par trois laïques : Dr. W. Ivory, Francis Tinker et Hynek Dostal. On sait peu de choses sur les deux premiers, qui officièrent aussi en tant que dentistes à Spillville. En revanche Dr Dostal est bien connu. Hynek Dostal est né le 29 décembre 1871 à Boršice, en Moravie. Après avoir reçu une instruction élémentaire dans sa ville natale, il fut élève au collège de Uherské Hradiště en 1884. Il poursuivit son éducation auprès d'institutions de Přerov, Olomouc et Německý Brod. Après un court service militaire, il reprit ses études à l'académie de Příbram et plus tard fut diplômé d'une école de lois de l'université de Prague. Dr Dostal reçu son doctorat ès lettres à l'université de Tiberia. Hynek s'efforçait de trouver un emploi à Vienne quand il reçut un télégramme de son frère Joseph. Ce télégramme lui demandait de venir de toute urgence en Amérique pour enseigner à l'école tchèque paroissiale de Spillville. C'est ainsi qu'Hynek, comme tant de ses compatriotes, quitta son pays natal pour une nouvelle vie en Amérique. Puis, en 1900, l'archevêque Keane de Dubuque fit paraître une ordonnance selon laquelle les nonnes devaient désormais instruire toutes les écoles paroissiales. Hynek s'installa à Chicago où il fut l'éditeur associé du quotidien Narod. Le Dr Hynek Dostal est le second en partant de la gauche. Le Père Joseph Dostal est à l'extrême gauche.  L'histoire complète du Dr. Hynek Dostal est incroyable. On peut trouver beaucoup de choses sur ce patriote et immigrant tchèque à l'adresse dostalproject.weebly.com. Parmi les aspects les plus marquants de sa vie à la suite de son passage à Spillville, l'on note :En 1901, Mgr Hessoun offrit à Hynek Dostal la position d'éditeur de HLAS. HLAS était le premier journal Tchèque-Catholique en Amérique. HLAS avait été fondé en 1873 par Mgr Josef Hessoun, de la paroisse St John Nepomuk dans la ville de St Louis. Le mot HLAS signifie "voix", et le journal servit de voix pour unir les Américano-Tchèques sous la bannière du catholicisme. Cet emploi d'éditeur devait l'occuper tout le restant de sa vie, lui permettant d’œuvrer pour libérer son pays natal. Dr Dostal créa avec son épouse un autre périodique, Ceska Zena, ce qui signifie "Femme de Bohême".Le 31 mai 1918 fut signé The Pittsburgh Agreement (déclaration ou accord de Pittsburgh, NDT). Dans cet accord, les Tchèques et Slovaques américains, pour la première fois dans un écrit public, plaidèrent en faveur d'un pays commun. En même temps, l'accord affirma la nature indépendante des deux républiques. La signature de Thomas Masaryk sur le document en fit une déclaration officielle du Conseil National Tchécoslovaque. Directement sous la signature de Masaryk et sur sa droite, on trouve la signature d'Hynek Dostal. La présence de ces signatures prouve que les deux hommes partageaient une relation professionnelle, et peut-être même personnelle. En 1929, le St. Louis Globe-Democrat donna des informations sur les rencontres entre Dostal et Masaryk qui avaient eu lieu à l'atelier d'impression de HLAS dix années plus tôt. "Dr Hynek Dostal joignit le Dr Thomas G. Masaryk dans sa tâche de libérer les Tchèques et les Slovaques de la domination autrichienne et, en 1919-1920, il joua un rôle important dans la création de l'actuelle république de Tchécoslovaquie. Il travailla pour cette cause aussi bien en Amérique qu'en Europe. Dr Masaryk, maintenant président de la jeune république, visita deux fois St Louis pour discuter avec le Dr Dostal. Il est dès lors possible d'affirmer que la carte de l'Europe fut en partie modifiée par de fervents libérateurs qui se rencontraient dans une petite pièce dans la ville de St Louis, dans une rue nommée South Eleventh Street près du cœur du quartier tchèque.En juin 1928, Dr Dostal apprit que le Pape Pie XI l'avait élevé au rang de Chevalier de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand. Cet ordre avait été institué par le Pape Grégoire XVI le 1er septembre 1831. C'est le plus grand honneur que l'Eglise Catholique peut décerner à un laïque. Il représente la reconnaissance par le Saint Père d'une vertu hors du commun et d'efforts exceptionnels en faveur de l'Eglise de Dieu et du pays. Un article du St. Louis Globe Democrat en date du 18 septembre 1934 annonça que Dostal était récompensé de l'ordre du Chevalier de Saint Georges. Pendant sa vie Hynek reçut de nombreux honneurs - outre ceux du Chevalier de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand et du Chevalier de Saint Georges, il fut désigné Commandeur du Fort St. Rufina, Docteur ès lettres de l'Université de Tiberia, titulaire des médailles de Pro Pontifice et Ecclesia et Pro Fide et Ecclesia. Le 23 septembre 1937 Hynek Dostal fut élevé au rang de Consul tchécoslovaque de St Louis par une proclamation portant la signature du Président Franklin RooseveltEn 1900, une école en brique de 4 pièces fut bâtie. Une fois aménagée, l'école de 1870, ou "vieille école", devint une résidence pour les Sœurs enseignantes. Les Sœurs de St Francis de Milwaukee, dans le Wisconsin, remplacèrent les Sœurs Bénédictines et enseignèrent jusqu'en 1914. Cette année-là, l'enseignement passa sous la responsabilité des Sœurs de l'Ecole de Notre Dame de Fenton, dans le Missouri. La direction se trouvait en Bohême, à Horažďovice. Les Sœurs de l'Ecole déménagèrent plus tard leur état-major à Omaha, dans le Nebraska. Celles de Notre Dame devaient encore instruire la jeunesse de la paroisse de St Wenceslaus pendant 62 années, c'est-à-dire jusqu'en 1976. Les premières écoles étaient dépourvues de nombreux éléments de confort aujourd'hui devenus courants dans les institutions de ce type. Malgré l'ameublement précaire de ces endroits, l'absence de matériel éducatif et une réserve de livres insuffisante, les enseignants, par la discipline et le dévouement à leur tâche, s'employaient à transformer de jeunes hommes et femmes en citoyens qualifiés, aptes à trouver leur place dans la société. En 1954, une nouvelle école primaire s'ouvrit et l'on rasa l'école construite en 1900. Sous l'égide des Sœurs de Notre Dame, l'école prospéra. Les sœurs se répartissaient entre quatre nonnes enseignantes et un ou deux postes dévolus au ménage. En 1960, 187 enfants étaient inscrits. Puis, à partir de la moitié des années 1960 et jusqu'au cours de la décennie 1870, le nombre d'élèves décrut. L'équipe de nonnes enseignantes fut réduite en conséquence du déclin des inscriptions et de la désaffection pour cette vocation. Enfin, en mai 1976, la maison mère des Sœurs de Notre Dame notifia à la paroisse que les Sœurs ne pourraient plus se charger de l'école. Les tâches éducatives incomberaient dès lors aux professeurs laïques. La "vieille école" de 1870 et la "nouvelle école" de 1900 (cliché vers 1900)Brièvement après 1976, la "vieille école" servit de maison à ces professeurs et aux gardiens de la paroisse. Mais, pour l'essentiel, on l'utilisa comme entrepôt pour les 25 années à suivre.De 1917 à 1955 - les pensionnairesLa vieille école servit longtemps de pensionnat, à l'exclusion de tout autre usage. Ceci devint possible en 1917, après une rénovation en profondeur de l'intérieur du bâtiment. L'édifice fut repensé pour que les enfants des fermes locales puissent être amenés à l'école le lundi matin, apprennent leur leçons, habitent dans "la vieille école" ou "couvent" comme on l'appellerait bientôt, puis retournent à la ferme le vendredi après les classes. Ce pensionnat pour enfants des environs subsista jusqu'en 1955. Faites donc l'effort d'imaginer pas moins de trente garçons et filles logeant ensemble, avec quatre nonnes enseignantes et deux nonnes chargées du ménage. A quoi cela devait-il ressembler ? Quelles valeurs les enfants pouvaient-ils retirer de cette expérience ? En l'année 1947, Lester Humpal, un résident local et garçon de ferme particulièrement éveillé qui ne parlait que le tchèque - chose encore relativement courante dans les environs de Spillville, jusqu'à l'époque tardive de la mi-1950 - avait « mis les bouts ». Sa cavale suivait les courbes de la Turkey River. Il fuyait le bâtiment en forme de cube dominé par une croix de coupole, il fuyait les nonnes sévères qui ne parlaient en classe que l'anglais, il fuyait ce couvent où sa famille l'avait jeté. Lester pensait goûter enfin à la liberté, quand à trois miles de l'école un fermier lui mit la main au collet, pour le ramener chez lui. Son père le traîna de nouveau au couvent, où il passa huit années de sa jeune vie. Le temps passé dans le couvent avec les nonnes et les autres jeunes, en dépit de ses aspects à l'occasion traumatisants, créait une base qui serait utile pour le restant d'une vie. Lester reconnaît qu'il apprenait des valeurs. Des valeurs comme la discipline, la responsabilité et le travail en équipe. Des valeurs qui sont toujours les siennes aujourd'hui. Lester a maintenant 62 ans et il travaille à la sauvegarde de la "vieille école". Lester comprend que les pensionnaires formaient une seconde famille, une maison loin de la maison. Ils travaillaient ensemble, et les plus vieux assistaient les plus humbles dans leurs corvées. Les enfants tiraient aussi profit des 90 minutes de temps libre autorisées chaque jour après l'école. Ils enfilaient de vieux vêtements pour jouer à chat ou au softball (variante du base-ball, NDT). "Il n'y avait pas de clans. Chacun était l'égal de l'autre". Faites jouer votre imagination pour inventer de toute pièce des activités sportives et ludiques : comment mettre à profit une vieille pompe à eau ? Pour quel type de jeu d'adresse ? Selon un pensionnaire, Joe Spalla, le défi était de voir combien de fois il était possible d'actionner la pompe, sans être piqué par les guêpes qui logeaient dans la poignée. Le record est détenu par Joe : 6. Cependant, il s'agit d'un record terni par les 10 piqûres reçues pendant l'exploit. Le côté positif est que cette prouesse valut à Joe de voir, pour la seule fois en huit années de pensionnat, un steak. Hélas, ce steak n'était ni cuit, ni destiné à être dévoré : sa chair crue fut posée sur les piqûres.La "vieille école" de 1870L'école était située sur un terrain de 10 acres donnés à la paroisse en décembre 1859 par Roman Eggspuehler (un immigré suisse) et sa femme Magdalene, fille de Joseph Spielman, le fondateur de Spillville. Plusieurs informations sur les années 1870 méritent d'être notées. Par exemple :Les recherches que je viens de terminer montrent que la "vieille école" St. Wenceslaus, ou la maison de J.J. Kovarik, et, "foyer" des op. 96 et 97 de Dvořák, est la plus ancienne école catholique tchèque encore debout aux Etats-Unis. Il est intéressant d'ajouter que ces mêmes recherches ont démontré que l'église St. Wenceslaus est la plus vieille église catholique tchèque des Etats-Unis.La vieille école est un excellent exemple de maçonnerie vernaculaire (typique du pays).L'édifice est bâti sur de la pierre calcaire localeLes murs, épais de plus de 20 pouces, sont construits à partir de deux murs parallèles en pierre calcaire locale, entre lesquels l'espace a été rempli de gravats - une technique servant à l'isolation.Une énigme demeure sur la présence ou non, à un moment de l'histoire, de deux entrées sur la façade de l'école ; une entrée nord et une entrée sud ; une pour les garçons et l'autre pour les filles. Tous les clichés connus montrent une disposition avec la porte actuelle, face à l'est. Cependant, les travaux récents de stabilisation des fondations du clocher ont révélé des indices convaincants sur l'existence, pendant un temps, d'au moins une porte donnant sur le sud.L'avenir de la "vieille école" de 1870Des menaces pèsent en juin 2003 sur l'avenir de la "vieille école", du "couvent", de la maison de J. J. Kovarik, ou du "foyer" des opus 96 et 97 de Dvořák. La paroisse de Saint Wenceslaus n'est quasiment pas utilisée. En 2001, le conseil paroissial en recommanda la démolition. A cette même époque, un petit groupe d'hommes se réunirent pour former la Saint Wenceslaus Heritage Society. La mission de ce groupe est entre autres dechercher à conserver, restaurer, et maintenir en l'état l'intégrité religieuse, architecturale, historique et ethnique de l'Eglise St. Wenceslaus et de ses dépendances.En dépit de sa construction incroyablement robuste, après quelque 130 années des détériorations ont été récemment décelées sur les fondations et les murs autour du clocher. La Heritage Society est parvenue à résoudre ces problèmes en 2002 grâce au projet "supporté en partie par les fonds de Resource and Protection (REAP) Act obtenus par le financement Historical Resource Development Program (HRDP) de la State Historical Society de l'Iowa". L'édifice est de nouveau solidement posé sur ses bases. Le défi majeur pour la Société pour l'Héritage en 2003 est l'installation d'un nouveau toit de métal, similaire à celui qui était en place entre les années 1880 et 1915, avec l'installation de nouvelles gouttières et conduites d'évacuation. La Société travaille aussi pour que soient inscrites au National Register of Historic Places (Registre national des lieux historiques) les dépendances de St Wenceslaus, l'église, le presbytère, le cimetière adjacent et la "vieille école" ou maison de J. J. Kovarik et "foyer" des opus 96 et 97. En décembre 2002, la société a posé une candidature pour un financement local (Certified Local government), afin de compléter les prérequis pour l'inscription des dépendances de St Wenceslaus au National Register of Historic Places. Cet effort a été sponsorisé par la Winneshiek County Historic Perservation Commissioners (Commissionnaires pour la Préservation Historique du Comté de Winneshiek) et soutenu par la Winneshiek County Board of Supervisors (Commission des Superviseurs du Comté de Winneshiek). Le dossier a été rejeté en janvier 2003. Toutefois, loin de se décourager, la Société poursuit ses efforts pour inscrire ces lieux au registre des lieux historiques. Et à cette fin jusqu'à présent la Société pour l'Héritage et les Commissionnaires pour la Préservation Historique du Comté de Winneshiek ont réuni un groupe de personnes, de compagnies et d'organisations dévouées, qui poursuivront l'effort en y consacrant un travail soutenu à titre gracieux. Dans son "History of Czechs in America", Jan Habenicht écrit :"Toute la campagne avec les bourgs de Spillville, Protivin, Lourdes, Fort Atkinson et Little Turkey, la gare ferroviaire de Jackson Junction et d'autres communes encore, est habitée par des Tchèques." "Ce territoire, avec son importante population tchèque, possède son propre caractère. Grâce à leur opiniâtre efficience, ces Tchèques ont acquis une large influence." "Tout cela nous instruit sur la façon de préserver notre héritage tchèque en Amérique. L'école tchèque, l'église tchèque, la foi en la nation et l'influence économique, sont les fruits d’une ténacité tournée vers l’efficacité."A Spillville, dans l'Iowa, nous avons le bonheur de posséder la plus ancienne église catholique tchèque (1860) toujours debout aux Etats-Unis, et la plus ancienne école paroissiale tchèque (1870) toujours debout aux Etats-Unis. La "vieille école" représente l'essence authentique de notre culture et de notre héritage tchèques. Elle possède aussi une place indiscutable dans l'histoire de la musique et la vie d'Antonín Dvořák. Ces sites n'ont pas de prix. Nous les préservons pour nous-mêmes et les futures générations pour assurer que ces témoignages tangibles de l'histoire de nos pères, de leur détermination, de leurs réussites et des valeurs qu'il portaient, puissent survivre au 21e siècle et plus longtemps encore. Je voudrais remercier grandement mon cousin Cyril M. Klimesh ainsi que les paroissiens d'hier et aujourd’hui de St. Wenceslaus, pour leur aide et leurs informations qui m'ont permis de développer les thèmes abordés dans cet article. Steven A. KlimeshBox 127105 Pleasant View DriveSpillville, Iowa 52168 Sur l'auteurSteven Anthony Klimesh (né en 1948) appartient à la cinquième génération des Tchéco-Américains de la commune de Spillville, dans l'Iowa. Deux de ses trisaïeuls, Jan Klimeš (Zvěrkovice, Bohême du Sud) et Anna Mikota Klimešova (Purkarec, Bohême du Sud) quittèrent les Pays Tchèques en 1854 pour s'établir à Spillville en 1855. Ils furent parmi les premiers habitants de la jeune commune. Steven reçoit l'enseignement de l'Ecole Paroissiale St. Wenceslaus de Spillville puis du lycée Campion Jesuit High School à Prairie du Chien, dans le Wisconsin. Il est licencié en biologie en 1970 (BSBS degree, Creighton University d'Omaha, dans le Nebraska). En 2001 il prend sa retraite d'une carrière dans l'industrie du gaz naturel. Steven s'intéresse alors à son héritage et à sa culture tchèques. Il écrit plusieurs articles sur des thèmes liés à Spillville, travaille avec des organisations à but non lucratif centrées sur l'héritage et la culture tchèques, et met à profit son temps libre pour jardiner, pêcher et lire. Notes du traducteurJe dois à l'entremise de David Beveridge la rencontre à Spillville avec Steven A. Klimesh et son frère Michael. Cette "visite guidée", en un jour de juin 2017, de cette région si importante pour tout admirateur d’Antonín Dvořák m'a permis de voir et, peut-être, mieux comprendre l'environnement où vécut le compositeur le temps d'un été, en 1893. Je reviendrai sur cette découverte dans un article spécifique. Suite à notre rencontre, Steve Klimesh m'a présenté une partie des nombreuses recherches qu'il a réalisées sur les Tchéco-Américains de Spillville et d'ailleurs, en me faisant lire le passage sur Dvořák et les Kovarik. Je me suis alors proposé de traduire ce matériel en français, mais, ai-je ajouté, en reprenant l'intégralité de l'article, et non les seuls paragraphes parlant de musique. Je voulais appréhender la situation plus générale de l'émigration venue de Bohême, avant et après l’aventure dvořákienne, et partager avec nos lecteurs cette réalité. On mesure combien elle fut décisive : dans le petit village de Spillville, fondé par des pionniers pauvres et opiniâtres, devait être instruit l'un des "inventeurs" de la bombe atomique. C’est également ici que commença l'extraordinaire carrière américaine du Dr Dostal, l'un des artisans de la Bohême indépendante auprès de Tomáš Masaryk. Cette traduction intégrale est proposée plus haut. L’article original comporte des appendices où l’auteur détaille les recherches qu’il a faites et précise ses sources. Plutôt que de les traduire, je les propose à la lecture dans leur version originale, à la suite de l’article en langue anglaise, disponible en cliquant ici. L'histoire des pionniers tchèques en Amérique a de quoi étonner. Cette "conquête de l'Ouest" n'a pas grand chose à voir avec les épopées de Californie ou du Texas. On n'y venait pas dans l'espoir d'inventer des filons aurifères, ou pour se frotter à des Mexicains vindicatifs. Les tribus amérindiennes avaient été réduites au silence et pour partie déplacées avant que le début du peuplement européen. L’Iowa ne présente aucune des facettes typiques des terres de l’ouest : l’on n’y trouve pas le moindre désert, et plusieurs centaines de miles nous séparent des canyons, grands ou petits. En réalité, la nature exubérante qui accueille le visiteur au début de l’été rappelle beaucoup le vieux continent. Sa latitude place Spillville au niveau de l’Europe du sud : c’est à peu celle de Marseille. Mais son climat est continental : l’hiver, la température atteint les 10 degrés sous zéro, et la neige forme alors une couche épaisse de plusieurs dizaines de centimètres. Le visiteur de 2017 est surpris de reconnaître les couleurs françaises frappées d’un aigle dans le drapeau de cet état autrefois incorporé à la Louisiane, et d’entendre chanter son hymne sur la mélodie d’O Tannenbaum (Mon beau sapin). Ces attributs n'existaient pas encore au XIXe siècle quand des Tchèques, "les plus pauvres parmi les plus pauvres", sont venus à s'installer ici. A l’ouest du Mississippi, dans cette "frontière" – ce concept américain de territoire à conquérir que nous appelons aussi front pionnier – tout était à construire. Il fallait bâtir des maisons, entreprendre des cultures et des élevages, faire du commerce, former une communauté autour d’une église et – chose tout aussi importante comme on l’a lu – instruire les enfants. La première vague d’immigrants de Bohême, nous dit S. Klimesh, remonte à 1854. Les Tchèques étaient alors sous la domination des Habsbourg. François-Joseph est empereur depuis 1848. Quitter son pays pour le grand inconnu soulève la question de la liberté et de la pauvreté, si intimement liées. Les Tchèques étaient sujets de l'empire autrichien (en attendant de devenir austro-hongrois) sans être considérés comme des citoyens à part entière. Le souhait d’échapper à ce statut de seconde zone s’est sans doute étroitement mêlé à celui d’avoir une vie meilleure sur le plan matériel. L’aventure périlleuse devait réussir. Le catholicisme importé de Bohême parvint à unir les efforts des néo-Américains autour de la paroisse de St Wenceslaus. Mais une fois installés et sortis de la misère, les Tchéco-Américains s'éloignèrent de ce pouvoir jugé envahissant, dans un mouvement qui rappelle le recul du puritanisme dans d’autres états. Était-ce bien la peine de quitter l’Empire pour se trouver sous la coupe d’une nouvelle autorité sourcilleuse ? Une partie de la communauté tchèque se déclara comme freethinkers, attachée cependant à la religion tout en dénonçant le pouvoir du clergé. Dans un cimetière à proximité de Spillville, m'a dit Steve Klimesh, se trouve une plaque en l’honneur de Jan Hus, le héros qui défia les catholiques et le paya de sa vie. Les épreuves de leur nouvelle existence ne semblent pas avoir découragé les immigrés : le seul cas de retour en Bohême dont j’ai connaissance est raconté dans Dvořák in love, le roman par moments presque documentaire de Josef Škvorecký. Et encore, il s’agissait d’une fuite pour échapper à la justice américaine. Dans cette histoire peut-être véridique, l'homme de Spillville ne revint à Prague que pour être bien vite embarqué par la police. Dans une mésaventure digne du Brave Soldat Chvéïk, notre Tchéco-Américain (plus américain que tchèque en l’occurrence) s’était mis à parler librement au comptoir d’un café, oubliant les oreilles omniprésentes des espions de l’Empire. Dans cette traduction, j'ai fait le choix de respecter l'orthographe "américaine" des noms tchèques. Ainsi l'église conserve son nom de St Wenceslaus, et non St Wenceslas (1). J'ai recopié les patronymes "tchéco-américains" sans accent (Kovarik, etc.) tout en rétablissant l'orthographe originale des lieux en Bohême et des "Tchèques d'Europe", comme Dvořák. Je ne suis pas parvenu à identifier quelle ville se trouvait sous le nom de Tiberia, dont l'université a décerné le titre de Docteur ès Lettres à Hynek Dostal : l'auteur a lui-même recopié cette information mais sans savoir de quelle ville il s'agissait. Toute suggestion est la bienvenue. J'ai également modifié l'adresse du site consacré à Dostal, l'url originale ne répondant plus. J'ai demandé à Steve quelles avaient été les nouvelles depuis 2003, et si les efforts pour faire inscrire l'église et ses dépendances comme site historique avaient porté leurs fruits. Un nouveau dossier de candidature, m’a-t-il répondu, a été préparé en 2007 à la demande du prêtre de la paroisse, pour être bientôt retiré par ce même prêtre et son évêque. Une dispute a semble-t-il éclaté autour des modalités de préservation de la vieille école, avec l’apparition d’associations culturelles concurrentes. Toujours est-il que les projets de restauration sont dans l’attente depuis 2009. Cela devient préoccupant quand on connaît l'usure de la structure originale du bâtiment de 1870 ; et il est triste de constater un déclin de l'intérêt porté par la communauté à ce lieu historique. Comme on le voit, l’inscription au registre des monuments historiques reste des plus hasardeuses. J'ai enfin demandé des précisions sur un point qui me posait un problème d’interprétation dans la citation du livre de Jan Habenicht : L'école tchèque, l'église tchèque, la foi en la nation et l'influence économique, sont les fruits d’une ténacité tournée vers l’efficacité.La foi en la nation fait-elle référence à la Bohême ou à l’Amérique ? Pour Steve, c’est sans doute les deux à la fois. Les Tchèques sont venus avec leur propre bagage national et culturel pour s'installer durablement et sans aucun moyen matériel dans un nouveau pays. Mais cette réussite aurait-elle été complète sans un contexte de liberté qui permettait d'en faire fleurir les mille promesses ? Alain Chotil-Fani, août 2017 Notes(1) Claudia Ancelot, traductrice française de Miracle en Bohême (Mirákl), un autre roman indispensable de Josef Škvorecký, a préféré écrire "St Wenceslas" quand le héros, Danny Smiřický, évoque son passage à Spillville au chapitre XI.




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7 juillet

Festival de Cambrai : jusqu’au 12 juillet 2017

Les Musicales de Cambrai : 4-12 juillet 2017. En juillet 2017, les délices de Cambrai ont une saveur irrésistiblement … musicale. Au cœur du département du Nord, Le Festival Les Musicales entend offrir au plus large public cambrésien, la passion de la musique classique en croisant l’expérience du concert avec quelques données clés : beauté des sites qui accueillent les événements, dévoilement de jeunes talents, diversité de l’offre musicale quant aux formes, aux répertoires, aux alliances et combinaisons de timbres. A partir du 4 et jusqu’au 12 juillet 2017, Cambrai propose un été musical, soit 9 soirées dans divers lieux de la ville : théâtre, église Saint-Géry, musées (musée des beaux-arts, musée départemental Matisse)… A Cambrai plus qu’ailleurs, l’amour de la musique classique cultive le goût du partage, autour d’une langue universelle, celle du cœur. Pour les néophytes, les amateurs, et tous ceux qui ne se sentent pas concernés (surtout ceux là), le festival 2017, fidèle à sa ligne artistique, défend un éclectisme résolument accessible. La 2ème édition favorise la découverte, le voyage, la rencontre : des « bords de scène » permettront aux publics de retrouver les artistes, de mieux comprendre l’enjeux des programmes… d’échanger, de discuter. En juillet, Cambrai offre un bain de musique classique 9 étapes d’un voyage musical conçu dans un esprit de partage, ouvert à tous Jean-Pierre Wiart, directeur artistique du Festival souhaite gommer les faux rituels comme les usages élitistes : la musique est un bien commun, destinée au plus grand nombre. Générosité et accessibilité sont les mots d’ordre de la nouvelle édition des Musicales de Cambrai 2017. PROCHAINS CONCERTS 7, 8 et 9 juillet 2017 CE SOIR, vendredi 7 juillet 2017, 20h (Théâtre de Cambrai) : place aux jeunes talents. Sonates pour piano de Schubert (Ashot Khachatourian), Sonate pour violoncelle et piano (Sevak Avanesyan et Vardan Mamikonian), en fin Sonate pour violon et piano de Prokofiev (Alexei Moshkov et Vardan Mamakonian)… Réservez Deux concerts au programme du samedi 8 juillet 2017 : à 15h (Musée des Beaux-Arts), divers joyaux de la musique de chambre, Duo pour violon et alto de Mozart (Alexei Moshkiv et Raphaël Aubry), Trio à cordes “4 Pièces romantiques” de Dvorak (Geneviève Laurence, violon / Alexei Moshkov, violon / Raphaël Aubry, alto) ; enfin trio à cordes de Schubert (les trois derniers avec Frédéric Defossez, violoncelle). Ensuite à 20h, au Théâtre de Cambrai, poursuite de l’exploration en terres chambrettes avec la Sonate Arpeggione de Schubert (Justus Grimm, violoncelle et Lily Maisky, piano), Quintette pour cor et cordes de Mozart avec Jocelyn Willem, cor / Alexei Moshkov, violon / Raphaël Aubry, alto / Manuel Vioque Judde, violon / Frédéric Defossez, violoncelle). Et pour terminer, Souvenir de Florence opus 70 de Tchaikovsky (tous les instrumentistes). Deux concerts également au programme du dimanche 9 juillet 2017. A 11h, Musée départemental Matisse : Carte blanche à Ambroise Auburn, violon (avec Mara Dobresco, piano). Sonates de Mozart, Schumann, Romances de Clara Schumann, Valse sentimental de Tchaikovsky… A 15h, en l’église Saint-Géry de Cambrai : oeuvre pour orgue seul (Jean-Michel Bachelet, orgue), Sonata Al santo Sepolcro et Stabat Mater de Vivaldi (Sarah Laulan, chant)… Réservez Les Musicales de Cambrai sont une formidable aventure humaine, riche en complicités artistiques ; les festivaliers retrouvent les artistes déjà présents en 2016, ainsi, entre autres tempéraments désormais à retrouver et à suivre à Cambrai : Sarah Laulan (chant), Justus Grimm, Sevak Avanesyan (violoncelle), Célimène Daudet (piano), Emmanuel Rossfelder (Guitare), ou David Bismuth (piano)… autant de personnalités nettement identifiées que le festival aime à rapprocher pour des alliances et complicités instrumentales souvent épatantes. Ainsi la soirée d’ouverture, le 4 juillet (Théâtre de Cambrai, 20h) célèbre les noces de la jeunesse et de la musique intimiste (Bénédiction de Dieu dans la solitude de Liszt, Sonate n°2 violon / piano de Brahms, Trio en la mineur opus 50 de Tchaikovski)… —————————— Informations et réservations sur le site des Musicales de Cambrai , du 4 au 12 juillet 2017, 9 jours de concerts à Cambrai http://www.lesmusicales-cambrai.fr

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6 juillet

OPÉRA DE TOURS, nouvelle saison 2017 – 2018

OPERA DE TOURS – SAISON LYRIQUE 2017 – 2018. Après une première saison lyrique remarquablement équilibrée l’an passé, où en particulier avait marqué deux productions pahres : Lakmé de Delibes, joyau de l’opéra romantique français et, Rusalka de Dvorak, dans une production inédite en France, Benjamin Pionnier poursuit son offre opératique en conciliant défrichement, répertoire, éclectisme des styles. Soucieux d’élargir l’audience, de croiser et de séduire les publics, le directeur de l’Opéra de Tours qui est aussi un chef d’une éloquence déjà remarquée, propose en écho aux opéras programmés, plusieurs événements en résonance, avec les instituions partenaires, sises à Tours : la Cinémathèque, le CRR Francis Poulenc, le Musée des Beaux-Arts, le Théâtre Olympia, … autant de « complicités » culturelles qui ont l’intelligence d’offrir à présent aux Tourangeaux tout un cycle de programmes multiples sur une même thématique. Au total 6 productions sont à l’affiche de la nouvelle saison 2017 – 2018 de l’Opéra de Tours : promesse d’un travail qui se poursuit avec le directeur maison et chef d’orchestre : Benjamin Pionnier ( qui dirige ainsi 3 production sur les 6), et rencontres avec 3 chefs invités (Alpesh Chauhan, Samuel Jan, Vladislav Karklin). Débuts verdiens avec Rigoletto, fin d’année et fêtes de Noël dans l’ivresse élégantissime de Loewe, la nouvelle saison allie oeuvres du répertoire et joyaux méconnus, ainsi cette nouvelle production de Philémon et Baucis de Gounod en février 2018 (ouvrage créé en 1860 d’après La Fontaine, recréation pour l’année Gounod 2018), et en fin de cycle lyrique, le couplage prometteur Mozart et Salieri de Rimski-Korsakov (1898) et Iolanta de Tchaikovski (1892), sous la direction de Vladislav Karklin ; sans omettre au titre des rendez-vous très attendus, la nouvelle production, désormais événement de la nouvelle saison : A Midsummer Night’s Dream de Benjamin Britten, les 13, 15, 17 avril 2017, sous la direction de Benjamin Pionnier et mis en scène de Jacques Vincey. 1- D’après Victor Hugo (Le Roi s’amuse), RIGOLETTO de Verdi, sommet lyrique et tragique, fantastique et cynique qui appartient à la trilogie des chefs d’oeuvres verdiens des années 1850 : Le Trouvère, Rigoletto, La Traviata. Ce réalisme dramatique qui dévoile la vérité des coeurs est au centre d’un opéra où brille surtout, au sein d’une cour polluée, corrompue et toxique, l’amour d’un père (Rigoletto) pour sa fille (Gilda). Après avoir ri de tous et des courtisans ridicules, pour plaire au Duc de Milan, le nain bouffon Rigoletto est à son tour raillé par le destin, un destin sévère qui lui fait commettre l’irréparable et l’amène à vivre l’impensable, la propre mort par assassinat de sa chair… En inaugurant la nouvelle saison lyrique à Tours, ce Rigoletto mis en scène par François de Carpentries tient l’affiche 3 dates d’OCTOBRE 2017 : les 6, 8 et 10 octobre 2017. 2- Pour le fêtes de fin d’année, rien de tel que la légèreté faite élégance et style, raffinement et séduction mélodique… de la comédie musicale My fair lady de Frederick LOEWE, créée à Broadway le 15 mars 1956 (d’après la pièce de Bernard Shaw, Pygmalion). A Broadway pétille une effervescence musicale qui semble renouveler la grâce de l’opérette viennoise à l’époque de Johann Strauss. Benjamin Pionnier dirige l’Orchestre maison (Orchestre symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours – OSRCVLT). Ou l’ascension d’une pauvresse issue des bas fonds de Covent Garden, … jusqu’aux salons de la haute société londonienne… Avec Fabienne Conrad, Jean-Louis Pichon dans les rôles d’Eliza (Doolittle) et Henry Higgins… Mise en scène de Paul-Emile Fourny (désormais familier à Tours). 5 représentations : les 26,27,29,30 et 31 décembre 2017 3- En 2018, pour marquer les débuts de l’année Charles GOUNOD, l’inventeur avec Ambroise THOMAS de notre premier grand opéra romantique, Benjamin Pionnier dirige pour 3 séances en février, le peu connu Philémon et Baucis, créé en février 1860 au Théâtre Lyrique à Paris. Avec Norma Nahoum (Baucis) et Sébastien Droy (Philémon), sans omettre le Jupiter d’Alexandre Duhamel. Il y est question de confort et de matérialité améliorée : les vieillards Philémon et Baucis savent accueillir Jupiter qui en retour pour les remercier, leur destine jeunesse, beauté, palais. En sont-ils pour autant plus heureux ? Leçon de sagesse, démonstration d’humilité. Un opéra comique en 3 actes d’une saveur raffinée, philosophique. Recréation attendue les 16, 18 et 20 février 2018. Nouvelle production. 4- Temple du bel canto, l’Opéra de Tours va le prouver encore avec le melodramma giocoso, d’une finesse expressive que beaucoup omettent de servir idéalement : L’ELISIR D’AMORE de Gaetano Donizetti, véritable comédie amoureuse et facétieuse créée à Milan en mai 1832. Avant de composer les vertiges tragiques de Lucia di Lammermoor (1835), Donizetti redouble d’intelligence dans une trame dramatique qui favorise les faux semblants, et un trio palpitant : les deux amoureux qui n’avouent pas leur désir : Adina et Nemorino, surtout le mage manipulateur, – coquin cocasse délirant révélateur, Dulcamara. 3 dates : les 16, 18 et 20 mars 2018, sous la direction de Samuel Jean (Adriano Sinivia, mise en scène). 5- Après Philémon et Baucis de Gounod, révélé en février, voici une nouvelle production dirigée par Benjamin Pionnier : A Misummer Night’s Dream, d’après Shakespeare, composé sublimé par Benjamin Britten, créé pour son festival d’Aldeburgh, en juin 1960. Plus de 50 ans après sa conception, la beauté onirique et fantastique de l’opéra n’a pas pris une ride tant sa séduction vocale et orchestrale reste vivace et prenante. Le nouveau spectacle en 3 actes, confrontant les armées de la reine Tytania contre celle du Roi Oberon, nous parle du mystère et du miracle de l’amour. Dans la forêt enchantée, se croisent, se défont, se reforment les couples au début éprouvés, dissociés, affrontés… Ici règne la divine action de l’illusion, exutoire, rituel, métamorphose, révélation. Production événement, les 13, 15 et 17 avril 2018. 6- Le dernier programme lyrique de la saison lyrique à TOURS n’est pas le moins intéressant, bien au contraire : il associe deux ouvrages aussi courts (un seul acte) qu’intenses, sur une thématique passionnante. MOZART et SALIERI de Rimski-Korsakov est créé à Moscou en décembre 1898 et d’après Pouchkine, évoque l’assassinat supposé de Mozart par son rival jaloux Salieri. C’est surtout à travers le crime supposé, l’insolence du génie incarné : Mozart la grâce contre Salieri le laborieux. Puis, le dernier opus lyrique de Tchaikovsky, Iolanta, créé à Saint-Pétersbourg en 1892, évoque comment symboliquement une jeune femme s’émancipe du joug paternel. D’après La fille du Roi René de Hertz, Iolanta passe de l’incarcération aveugle à la libération éblouissante, soulignant les vertus du courage contre l’ignorance et le déni collectif. Dernièrement, c’est la diva Anna Netrebko qui a sublimé l’un des personnages féminins écrits par Tchaikovski parmi les plus exceptionnellement troublants. Sur la scène tourangelle, c’est Maria Bochmanova qui incarnera la métamorphose de la princesse française, guidée par l’ami médecin, mentor de substitution pour sa libération finale : Ibn-Hakia (Aram Ohanian). La production accueillie à l’Opéra de Tours, provenant de Biel Solothurn, est demeurée inédite en France. 3 dates événements : les 25, 27 et 29 mai 2018. C’est donc là aussi, un autre temps forts de la saison lyrique à Tours. ——————– INFOS & RÉSERVATIONS Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site de l’Opéra de TOURS, saison 2017 – 2018 Grand Théâtre de Tours , 34, rue de la Scellerie – 37000 TOURS Téléphone : 02.47.60.20.00 Billetterie, ouverte du mardi au samedi, 10h30-13h / 14h-17h45 Téléphone : 02.47.60.20.20 theatre-billetterie@ville-tours.fr



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6 juillet

CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca). Etrangement la Philharmonie Tchèque / Czech Philharmonic sonne démesurée dans une prise de son à la réverbération couvrante qui tant à diluer et à noyer le détail des timbres, comme le relief des parties : orchestre, solistes, choeur (Prague Philharmonic Choir). Heureusement, la direction tendre de Jiri Belohlavek évite d’écraser et d’épaissir, malgré l’importance des effectifs et le traitement sonore plutôt rond et indistinct. C’est presque un contresens pour une partition qui plonge dans l’affliction la plus déchirante, celle d’un père (Dvorak) encore saisi par la perte de ses enfants Josefa en septembre 1875, puis ses ainées : Ruzenka et Ottokar. Fini en 1877, créé à Prague en 1880, le Stabat Mater imposa un tempérament puissant, à la fois naif et grandiose, qui alors, confirmait l’enthousiasme de Brahms (très admiratif la Symphonie n°3 de Dvorak). L’étonannte franchise et sincérité de la paritition valut partout où elel fut créée, un triomphe à son auteur (dont à Londres où il dirigea lui-même la fresque bouleversante en 1884). C’est pourquoi l’oeuvre alterne constamment entre le désir de paix et d’acceptation, et la profonde déchirure de la douleur et du sentiment immense, irrépressible d’impuissance comme d’injustice. Très libre quant à la liturgie, – comme Brahms et l’élaboration de son Requiem Allemand, Dvorak façonne son Stabat Mater comme un hymne personnel à la Vierge douloureuse, réconfortante, admirable. L’Ampleur et l’épaisseur brahmsienne s’invitent ainsi dans la tenue de l’orchestre du cd2 – parfois trop solennelle, écrasante même, particulièrement dans l’intro pour l’air de ténor (avec choeur) : « Fac me vere tecum flere », d’une atténuation plus tendre grâce au timbre héroïque et très rond du ténor américain Michael Spyres ; air de compassion, aux côtés de la mère endeuillée, face au Fils crucifié, rempli de recueillement et aussi de volonté parfois coléreuse… Après la séquence purement chorale (tendresse souple du choeur évoquant Marie / plage 2, cd2), le duo soprano et ténor (VIII. Fac ut portem Christi mortem / Fais que supporte la mort du Christ) affirme la très forte caractérisation des parties solistes ; le duo exprime le désir des solistes de supporter l’affliction née du deuil et de la perte. Les deux voix s’engouffrent dans la peine divine et la souffrance du Fils. Soprano et ténor trouvent l’intonation juste, entre déploration et pudique exhortation, mais elles sont souvent noyées dans le magma orchestral. Plus énergique et presque conquérant, l’air de l’alto (Inflammatus), prenant à témoin aussi la Vierge courageuse et compatissante affirme le beau tempérament de Elisabeth Kulman, très respectueuse de l’intériorité mesurée de cet andante maestoso : la voix écarte toute solennité, et intensifie la prière individuelle d’une fervente « réchauffée par la grâce » de Marie, atténuation finale d’une douleur enfin mieux vécue. Le chef trouve des accents plus pointillistes à l’orchestre et idéalement accordés au quatuor vocal, à la fois attendri et sincère dans des accents plus francs et directs ; toujours, le geste semble mesurer l’ampleur du dolorisme que la mort implacable et injuste suscite (vague du collectif renforcé par le choeur grandiose), alterné par une prière fervente très incarnée, soudainement lumineuse à l’énoncé du Paradis promis à l’âme éplorée. Jiri Belohlavek force le trait dans la solennité, conférant à la fresque de Dvorak, une épaisseur majestueuse beethovénienne (Missa Solemnis) et une très forte charge introspective (Brahmsienne). Le finale est une arche plus impressionnante et spectaculaire (de surcroît dans un espace très réverbéré) que retenue ; et le chef joue sur le grandiose des effectifs en nombre. Malgré la spatialisation large et la prise de son diluée, le chef trouve l’intonation juste dans les dernières mesures aux cordes qui dessinent l’espoir d’une aube nouvelle, résolvant la charge de tant de ferveur antérieure. Dans la salle Dvoral au Rudolfinum de Prague, le cérémoniel l’emporte sur la véritable intimité de la ferveur. La fresque parfois démesurée, déborde du sentiment individuel pourtant contenu dans une partition à la très forte coloration autobiographique. Autour du chef, les équipes réunies : chœur, orchestre, solistes célèbrent surtout un monument national, et aussi assurément l’engagement d’un chef alors âgé, reconnu pour sa défense du répertoire national. ——————– CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

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